José Attal : La passe, réinventer la psychanalyse à chaque fois (transcription).

Conférence à Buenos Aires, le samedi 3 novembre 2012

Vendredi 1er mai 2020, par Ferbos // Activités

 

José Attal : La passe, réinventer la psychanalyse à chaque fois.

 

Conférence à Buenos Aires, le samedi 3 novembre 2012, dans la salle de la librairie Hernández. L’organisation de cette activité était à la charge de Stella Ocampo, Eduardo Bernásconi, Hugo Cardozo, Claudia Weiner et Alberto Sladogna, membres de l’elp.

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D’abord je vous remercie de m’accueillir et je suis désolé de ne pas parler suffisamment l’espagnol pour faire une conférence en espagnol, mais j’ai un bon traducteur parce qu’il a dit qu’il allait me trahir. Alors il faut que je vous dise un mot sur le titre. Le titre c’est « ré-inventer la psychanalyse ». Je dis le titre qui m’est venu mais c’est après discussion avec Alberto. C’est « ré-inventer la psychanalyse ». Quand je dis discuter, en fait, on ne discute jamais avec Alberto Sladogna, jamais ! Voilà ! Bon on se dispute un petit peu et donc on avance. Parce que quand je lui ai dit « ré-inventer », il a dit « mais réinventer est ce que ça ne serait pas comme retour à ? ». Voilà !. Donc sa réflexion était suffisamment importante pour que je garde ce titre pour vous en parler. Je parle trop ?

Le terme ré-inventer, c’est le mot qu’emploie Jacques Lacan, lorsqu’à la fin d’une de ses interventions sur la passe – puisque c’est la passe qui nous réunis hein ! – il dit ceci : « La psychanalyse est intransmissible, c’est bien embêtant qu’il faille que chaque psychanalyste ré-invente la psychanalyse. ». Vous voulez que je répète ? La citation est celle-ci : « La psychanalyse est intransmissible, c’est bien embêtant que chaque psychanalyste soit obligé de ré-inventer la psychanalyse. ». On pourra tout à l’heure parler plus précisément de la non-transmissibilité de la psychanalyse, c’est-à-dire la prise en compte de quelque chose de difficilement acceptable ; c’est qu’une expérience ne peut jamais se transmettre. C’est très difficile à intégrer. Donc je reste à ré-inventer.

Pourquoi ré-inventer ? La réponse c’est que la psychanalyse, elle a déjà été inventée. Donc inventer quelque chose qui a déjà été inventé, c’est une contradiction. Que signifie donc ré-inventer ? Je pense qu’on peut au moins, avant toute discussion, le comprendre comme redonner un peu de vie, un peu de souffle, un peu de perspective, un peu d’ouverture, mais surtout, surtout, un peu de contemporanéité. C’est-à-dire que ré-inventer c’est poser l’actualité même de la chose. On continue ?

Enfin, on ne psychanalyse plus aujourd’hui, disons, comme il y a 20, 30 ans ou du temps de Freud et pourtant on dit toujours psychanalyser. Donc ré-inventer la psychanalyse, c’est important de considérer qu’il faut garder le même terme, qu’il n’y a pas à produire un terme différent parce que c’est le même geste qu’Héraclite. C’est-à-dire que c’est la chose elle-même qui s’appelle toujours pareil mais qui change de sens. Pour la psychanalyse c’est ça pour le titre analyste de l’école, AE. Et bien il se trouve que ce titre même, a changé au moins trois fois de sens chez Lacan et pourtant c’est toujours le même titre AE, analyste de l’école, qui ne veut donc plus dire la même chose. Sur les deux premier titres, les psychanalystes sont à peu près d’accord pour considérer que les deux premiers changements des termes AE, sont recevables. Mais la troisième acception de ce titre, AE, la plupart des psychanalystes ne veulent pas le savoir parce qu’il y a trois versions de la passe. Les deux premières versions sont reconnues, la troisième ne l’est pas du tout. Quand la passe a été créée donc, c’était pour soutenir qu’il y avait une formation du psychanalyste, c’est-à-dire que le psychanalyste était formé et le titre AE était le titre qui venait dire cette formation. C’est-à-dire que le titre AE, c’est comme le titulaire du temps de l’API. Il y avait une formation du psychanalyste. La deuxième proposition de Lacan, après plusieurs débats dont je ne parle pas ici, la deuxième proposition qui s’est faite quelques jours après la première, conclut exactement l’inverse. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de formation du psychanalyste. Dans la première proposition c’était une formation très classique, c’est-à-dire : psychanalyse, contrôle, didactique etc… Dans la deuxième proposition , la passe, au contraire, c’était un temps qu’on pourrait dire (t0), un temps de départ avant toute formation. C’est-à-dire à ce moment la psychanalyse est posée comme ne se supportant pas une formation. Voilà ! Ces deux moment-là sont toujours très actifs dans la psychanalyse. Les gens pensent toujours la passe de la même façon, c’est-à-dire comme un modèle. Il s’agit de rendre compte d’une psychanalyse plus ou moins réussie, de la construire comme un grand récit, une grande histoire qu’on va raconter à des gens. Et donc, il faut être un peu brillant. Il faut donner les preuves qu’on fait partie de la famille des psychanalystes. Voilà. C’est-à-dire que la passe reste encore très attachée à la cure.

Or il se trouve qu’à un moment, Lacan a été amené à formuler, à dire, que la passe ça n’a rien à faire avec l’analyse. Voyez, c’est une parole très forte ! Alors toute la question de ré-inventer la psychanalyse est là.

À partir des années 70 tous les énoncés qui constituent la passe ont été, par Lacan lui-même, révisés, corrigés, abandonnés. Par Lacan lui-même, tout ce qui organise la passe, c’est-à-dire la chaîne signifiante, a été déclaré caduque. C’est en toutes lettres dans le séminaire « Les non-dupes errent ». Il n’y a pas beaucoup de psychanalystes qui acceptent de lire cette phrase qu’ « il n’y a pas de chaine signifiante. ». Parce que la chaîne signifiante c’est ce qui permet de raconter une histoire. Et c’est pour ça que la passe a pris cette allure de récit, de grand récit, d’histoire. Si vous déclarez qu’il n’y a plus de chaîne signifiante, il n’y a plus de récit. C’est la première chose. Vous voyez déjà que la proposition de la passe ne tient plus du tout s’il n’y a pas de chaîne signifiante.

La deuxième chose qu’avance – est-ce que tu peux traduire en espagnol le mot connerie ? – … Bon vous avez compris le mot. Pourquoi je dis ce mot ? Connerie. Parce qu’à propos de la chaîne signifiante, Lacan lui-même, a dit : « Quand j’ai dit ça, j’ai dit une connerie. ». Il rajoute : « il faut faire des conneries pour avancer ». Mais il n’empêche que la chaîne signifiante, en 1973, c’est une connerie. C’est en toutes lettres.

Le deuxième point que Lacan avancera, ça concerne ce qu’on appelle le temps logique. Peut-être que vous connaissez le texte de Lacan ? qui là aussi organise, soutient toute la procédure de la passe. C’est-à-dire qu’il y a trois temps. Un temps pour voir. Un temps pour comprendre. Un temps pour conclure. Ce n’est pas un temps à chaque fois. C’est moi qui dis ça. Oui parce qu’il dit, « un temps », « un moment » et « un instant ». C’est pour vous dire donc que la passe, telle qu’elle était pensée, c’était donc un moment de conclusion. C’était un moment de conclusion d’une analyse, et c’était un moment de conclusion du psychanalyste. C’était le moment où on concluait que quelqu’un était psychanalyste.

1973, Lacan déclare, toujours dans le même séminaire, que quand il a écrit le temps logique, ça a conclu de travers. Il a dit : « ma conclusion était de travers. ». Elle était fausse. C’est-à-dire, vous voyez que rien qu’avec ces deux choses-là, la chaîne signifiante et le temps logique, la proposition sur la passe et toute la passe n’existent plus. Elles n’existent plus. Il faut le lire.

La troisième chose qui vient dans ma démonstration, mais ce n’est pas moi, je l’ai lu simplement dans Lacan, c’est une chose plus difficile à présenter. La formule de la passe c’est : « Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même » hein !. Je ne fais pas de commentaire de ça. 1973, Lacan déclare que cette formule, « Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même », c’est une formule accablante, stupide. Il a eu un peu honte d’avoir dit ça comme ça. Et pour amener la correction de cette formule, c’est lui qui parle de correction hein ! Ce n’est pas moi. Il fait une homologie. Alors, homologie, vous savez qu’il y a deux sens ? Homologie ça veut dire une sorte d’équivalence, enfin de rapport et en mathématiques ça veut dire autre chose. En mathématiques c’est la prise en compte d’un mouvement de plusieurs hétérogénéités qu’il faut prendre ensemble. Donc l’homologie est la suivante, à propos de « l’analyste ne s’autorise que de lui-même », il dit « L’être sexué ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. ». Mais l’être sexué hein ! Ce qu’on comprend. Il est difficile de parler de sexuation et de sexualité sans engager au moins une deuxième personne. Avec cette formule et cette homologie, Lacan déclare la deuxième formule. Si je vous dis « Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres », vous allez me dire « oui c’est la nouvelle formule de Lacan. Il l’a dite comme ça ». Et pourtant c’est faux ! C’est faux. C’est faux. Lacan n’a jamais dit ça ! Lacan n’a jamais dit ça. C’est-à-dire qu’on a… Je vais dire la formule de Lacan après. Mais vous voyez qu’on est très sensible à la ritournelle. Ritournelle, tu peux traduire ? Voilà, la ritournelle ça permet de ne plus réfléchir. C’est des formules qui marchent toutes seules et le plus souvent elles sont fausses. Le propre de la ritournelle, généralement, c’est d’être faux ! On voit que c’est vrai ! Mais c’est fait pour ne pas aller voir le vrai texte en quelque sorte. C’est construit, la ritournelle, pour empêcher d’aller voir le vrai. Je prends toujours le même exemple, c’est ce qu’on appelle, vous connaissez sûrement, la loi du talion. Si je vous dis quelle est la loi du talion ? Vous allez me dire : « Œil pour œil, dent pour dent. ». Eh bien c’est faux ! La loi du talion n’a jamais, jamais, jamais dit ça ! Quand on dit « œil pour œil, dent pour dent », c’est un principe de sévérité. Alors que la loi du talion c’est un principe de limitation. Elle ne dit pas « Œil pour œil, dent pour dent », mais elle dit exactement, allez voir le texte hébreux, « Pas plus d’un œil pour un œil, pas plus d’une dent pour une dent. ». C’est-à-dire que vous voyez, la ritournelle ! Si vous dites « Œil pour œil, dent pour dent », vous dites exactement le contraire de ce qu’il faudrait dire. Voilà !Une ritournelle ça a cette fonction. Dans la psychanalyse la ritournelle c’est « Le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres ». Ce qui est faux !

La formule est très subtile, elle est ceci, toujours en 1973 : « Le psychanalyste, tout en ne s’autorisant que de lui-même, il ne peut par-là que s’autoriser d’autres aussi  ». Vous voyez que ça n’a rien à voir avec « le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. ».

Voilà ! parce que si on met la conjonction « et », « et de quelques autres », c’est donc une position seconde. Les quelques autres viennent après. Tandis que si on dit « par-là », « par-là il ne peut que... », les « quelques autres » ne sont plus en position seconde. On a affaire avec ce qui s’appelle une implication réciproque. Ça veut dire que les deux propositions de la formule sont en équivalence. Vous voyez comme on est plus du tout dans la passe de 1967. Tout ce qui organisait la proposition est mis par terre par Lacan.

Donc, comment ré-inventer ? Je vais essayer de donner une image. Comment rendre compte des trois registres, Réel, Imaginaire, Symbolique, mais en même temps, comment rendre compte de ça ? Parce que c’est de ça maintenant qu’il s’agit ! Parce qu’il n’y a plus de chaîne signifiante, donc il n’y a plus de prima du symbolique. Il n’y a plus de temps logique parce qu’il faut rendre compte de l’espace et du temps. Mais en même temps, quant à l’imaginaire, il tient avec le deux autres, R et S, exactement au même titre. Voilà ! Si vous dessinez un nœud borroméen, vous faites exactement la même erreur que quand vous récitez une ritournelle. Parce que si vous dessinez un nœud borroméen, ça n’est plus un nœud borroméen. C’est juste une écriture. Donc ça ne rend pas compte des trois consistances en même temps. À partir de 1973, ce que Lacan déclare, c’est que ça n’est plus l’écriture qui est le modèle, comment dire, le plus pertinent. Ça a été une ritournelle de dire que l’interprétation c’est une écriture. Voilà ! Je ne sais pas fais bien comprendre le mouvement qui se passe à ce moment-là de changement complet de la doctrine de Lacan. Absolument complet ! Et qui concerne la passe, parce que ce séminaire de 1973 concerne uniquement la passe, dès la première phrase. Un nœud borroméen, comment dire, actif ! Pas écrit ! Pas dessiné, c’est un diagramme ! Un diagramme, Lacan en parle à propos de ses quatre discours, un diagramme, c’est quelque chose qui permet de saisir en même temps, des hétérogénéités, c’est-à-dire qui sont dans tous les registres en même temps. Mais vous voyez bien qu’à partir de-là il n’y a plus de modèle. C’est-à-dire que ce que le diagramme amène, c’est la mort même du modèle. Dorénavant, nous sommes dans la méta-modélisation, c’est-à-dire quelque chose qui est avant le modèle et qui ne peut en aucun cas… et qui ne peut pas du tout faire modèle. Donc c’est quelque chose qui s’invente à chaque fois, qui s’invente pour chacun, qui ne sert pas à quelqu’un d’autre. C’est exactement ça réinventer.

Alors, vous voulez qu’on discute ou je continue ?

À partir de 1973, donc, si on a en tête que, un même mot, un même nom, se met à dire autre chose, comme Héraclite, qui est une référence absolue à ce moment-là chez Lacan. On voit donc qu’à partir de 1973, ce que Lacan propose, c’est une troisième proposition sur la passe. Mais si on veut être rigoureux, il faut dire ; « C’est la troisième proposition de 1967 », puisqu’il s’agit toujours de la passe réinventée en 1967. C’est pour ça que j’ai avancé le terme de troisième proposition de la passe de 67. Mais si vous admettez avec moi qu’il n’y a plus de modèle, on ne peut plus penser la passe avec le dispositif habituel. Même si on le garde. Même si on garde le dispositif. On peut le garder, on peut en inventer un autre… Si on fait jouer ensemble le procédure de la passe et le dispositif de la passe, qui sont deux choses différentes, si on fait jouer ensemble que le passe ça n’a rien à faire avec la psychanalyse, alors, vous voyez se dessiner une nouvelle figure, qui est une figure de diagramme. Faire jouer ensemble procédure et dispositif, c’est un diagramme. Mais c’est un diagramme, du coup, sans modèle. Il n’y a plus de modèle. Donc chaque analyste produit par la passe, chaque psychanalyste est une production, de même que l’inconscient est une production… Le psychanalyste est là pour produire l’inconscient. L’inconscient n’est pas derrière un rideau qu’il faut écarter pour le voir. L’inconscient se produit, voilà !

Mais si on a en tête le diagramme, la production du psychanalyste, mais sans modèle, on peut penser qu’on aurait une série de psychanalystes absolument différents de leurs aînés. Eh bien, je n’ai pas le temps de le déplier ici, ce point-là, très difficile, est traité par Lacan avec la question de l’art. Lacan traite cette question avec l’art au sens où il avance que le psychanalyste a affaire avec la production psychanalytique comme si c’était une œuvre d’art. Mais qu’est-ce que c’est une œuvre d’art ? Une œuvre d’art ne veut pas en elle-même dire quelque chose. Une œuvre c’est juste le témoignage d’une subjectivité. Donc chaque nouvel analyste sera, en quelque sorte à cette place nouvelle d’une nouvelle subjectivité du psychanalyste. Par cette nouvelle subjectivité il va subvertir la classe, le groupe des autres psychanalystes. C’est écrit en toutes lettres hein ! Je n’invente rien, dans Lacan. En d’autres termes, ce qui est à saisir avec la passe, c’est une mutation. C’est ça ré-inventer. C’est-à-dire que c’est une mutation et donc, je propose de considérer cette passe diagrammatique, avec cette définition ; « La passe serait un foyer de mutations des subjectivités des psychanalystes ». Et vous voyez qu’avec ça il faut repenser complètement ce que c’est un témoignage. Bon je m’arrête là.

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El pase, reinventar el psicoanálisis en cada ocasión*
José Attal
Esta es la versión castellana de la exposición de José Attal realizada el 3 de noviembre de 2012. La trascripción del francés oral al escrito la efectuó Jean-Francois Ferbos. Luego esa versión escrita fue pasada al castellano por Darío Daniel Díaz en diálogo con Alberto Sladogna, contamos con una lectura amigable a cargo de  Christine Castro. En este blog está el vídeo que corresponde a esa actividad.
 
*Conferencia pronunciada el sábado 3 de noviembre de 2012 en el auditorio de la librería Hernández, Buenos Aires. La organización de esta actividad estuvo a cargo de Stella Campos, Eduardo Bernasconi, Hugo Cardozo, Claudia Weiner y Alberto Sladogna, miembros de la ELP.
 
En primer lugar, les agradezco por recibirme y lamento no hablar bien el español para dar esta conferencia en español, pero tengo un buen traductor, dado que ha dicho que iba a traicionarme.
Comenzaré, pues, con unas palabras sobre el título.

El título es “re-inventar el psicoanálisis”. Me refiero al título que se me ocurrió luego de una discusión con Alberto : “re-inventar el psicoanálisis”. Si digo discutir me refiero a disputar un poco y luego avanzar, porque de hecho no se discute nunca con Alberto Sladogna, ¡nunca ! Bueno, un poco sí, pero luego se avanza. Cuando le dije “re-inventar” me comentó : “¿pero reinventar no sería como volver a ?” Ciertamente, entonces, su reflexión fue lo suficientemente importante como para conservar este título para ustedes.
El término “re-inventar” es la palabra que emplea Jacques Lacan cuando al final de una de sus intervenciones sobre el pase, que es lo que nos reúne aquí, dice lo siguiente : “El psicoanálisis es intrasmisible, y resulta bastante abrumador que cada psicoanalista tenga que re-inventarlo”. ¿Quieren que lo repita ? La cita es la siguiente : “El psicoanálisis es intrasmisible, y resulta bastante abrumador que cada psicoanalista esté obligado a re-inventarlo”. Hablaremos más tarde con mayor precisión de la no-trasmisibilidad del psicoanálisis, teniendo en cuenta algo difícil de aceptar, a saber, que nunca puede trasmitirse una experiencia. Se trata de algo muy difícil de integrar, entonces tengo que re-inventar.
¿Por qué re-inventar ? La respuesta es que el psicoanálisis ya ha sido inventado, e inventar algo que ya ha sido inventado es una contradicción. ¿Qué significa, entonces, re-inventar ? Antes de cualquier discusión, pienso que al menos podemos comprenderlo como revitalizar un poco, dar un poco de aire, de perspectiva, de apertura, pero, sobre todo, un poco de contemporaneidad. Es decir que re-inventar es plantear la actualidad misma de la cosa.
Por último, ya no psicoanalizamos hoy como lo hacíamos hace veinte o treinta años, o como en la época de Freud, y sin embargo aún hablamos de psicoanalizar. Por lo tanto, para re-inventar el psicoanálisis es importante considerar que debemos preservar el mismo término y no producir un término diferente, para preservar el gesto de Heráclito : la cosa misma se sigue llamando de la misma manera, pero ha cambiado de sentido. Le sucede al psicoanálisis con el título de analista de la escuela, AE. Este título ha cambiado al menos tres o cuatro veces de sentido en la obra de Lacan y sin embargo es siempre el mismo título, AE, analista de la escuela, que ya no quiere decir lo mismo. Sobre los dos primeros títulos los psicoanalistas están más o menos de acuerdo en que son admisibles las dos primeras modificaciones de los términos AE. Pero la tercera acepción de este título, AE, la mayoría de los psicoanalistas no la aceptan conforme a las tres versiones del pase. Las dos primeras versiones están reconocidas, la tercera no del todo. Cuando el pase fue creado, pues, lo fue para sostener que había una formación del psicoanalista, es decir, que el psicoanalista estaba formado y el título AE venía a dar cuenta de esta formación. Es decir que el título AE viene a ser como el portador del tiempo de la API. Había una formación del psicoanalista. La segunda proposición de Lacan, luego de muchos debates a los que no voy a referirme aquí, formulada algunos días después de la primera, plantea exactamente lo contrario, o sea, que no hay formación del psicoanalista. En la primera proposición se trataba de una formación muy clásica : psicoanálisis, control, didáctica, etcétera. En la segunda, por el contario, el pase era un tiempo al que podríamos denominar t0, un tiempo de partida anterior a toda formación. En este momento, se plantea que el psicoanálisis no implica ninguna formación. Estos dos momentos son siempre muy activos en psicoanálisis. Se piensa el pase siempre de la misma manera, es decir, como un modelo. Se trata de dar cuenta de un psicoanálisis más o menos logrado, de construirlo como un gran relato, una gran historia para contar. Pero es cuestión de ser un poco más lúcidos. Hay que probar que pertenecemos a la familia de los psicoanalistas, que el pase permanece aún muy atado a la cura.
Ahora bien, en determinado momento Lacan se vio llevado a formular y decir que el pase no tiene nada que ver con el análisis. ¡Son palabras muy fuertes ! Por lo tanto, toda la cuestión de re-inventar el psicoanálisis se encuentra allí.
A partir de los años 70, todos los enunciados que constituyen el pase fueron revisados, corregidos y abandonados por Lacan mismo : todo lo que organiza el pase, es decir, la cadena significante, fue declarado caduco. Esto está dicho en su totalidad en el seminario Los no incautos yerran. No hay muchos psicoanalistas que acepten la frase “no hay cadena significante”, porque la cadena significante es lo que permite contar una historia. Y es por ello que el pase ha adquirido esa apariencia de relato, de gran relato, de historia. La primera cosa que sucede si declaramos que no hay cadena significante, es que no hay más relato. Advertimos ya que la propuesta del pase no se sostiene si no hay cadena significante. La segunda cosa es que a propósito de la cadena significante Lacan mismo ha dicho : “Cuando dije eso, dije una tontería”. Y agrega : “Hay que hacer tonterías para avanzar”. Lo que no impide que la cadena significante, en 1973, sea una tontería, literalmente.
El segundo punto que Lacan propondrá es el referido a lo que se llama el tiempo lógico, que también organiza y sostiene todo el procedimiento del pase. Hay tres tiempos : un tiempo para ver, un tiempo para comprender, un tiempo para concluir. No se trata de un tiempo en cada ocasión, sostengo yo, porque él dice “un tiempo”, “un momento” y “un instante” para decirnos que el pase, entonces, tal como fue pensado, fue un momento de conclusión de un análisis, un momento de conclusión del psicoanalista. Era el momento en que se concluía que alguien era psicoanalista.
Lacan declara en 1973, siempre en el mismo seminario, que cuando escribió el tiempo lógico concluyó de través. “Mi conclusión fue de través”, dijo. Esta conclusión era falsa, es decir, sólo con estas dos cosas, la cadena significante y el tiempo lógico, la proposición sobre el pase y todo el pase no existen más. Hay que leerlo : no existen más.
La tercera cosa que surge de mi demostración, pero que no es mía, simplemente la he leído en Lacan, es la fórmula del pase, algo más difícil de presentar : “el psicoanalista sólo se autoriza por él mismo”. No he hecho aún ningún comentario de eso aquí.
En 1973, Lacan declara que esta fórmula (“el psicoanalista sólo se autoriza por él mismo”) es una fórmula abrumadora, estúpida. Hasta tuvo un poco de vergüenza de haber dicho algo como eso. Y para corregir esta fórmula -él habla de corrección, no yo- hace una homología. Hay dos sentidos de homología : uno, como una suerte de equivalencia, de relación, y otro, el de las matemáticas, que quiere decir otra cosa. En matemáticas es la consideración de un movimiento de heterogeneidades varias que hay que tomar en conjunto. La homología a propósito de que “el analista se autoriza por él mismo” es, pues, la siguiente : “el ser sexuado sólo se autoriza por él mismo y a partir de otros”, dice Lacan. Pero qué entender por ser sexuado. Es difícil hablar de sexuación y de sexualidad sin involucrar al menos a una segunda persona. Con esta fórmula, con esta homología, Lacan presenta su segunda fórmula. Si les digo “el psicoanalista sólo se autoriza por él mismo y a partir de otros”, me dirán “sí, es la fórmula novedosa de Lacan, él ha dicho eso”. Pero esto es falso, Lacan nunca dijo eso. Más adelante diré la fórmula de Lacan, y verán cómo a pesar de todo somos muy vulnerables al ritornelo. El ritornelo no nos permite reflexionar. Se trata de fórmulas que circulan fácilmente y la mayoría de las veces son falsas. Lo propio del ritornelo es, generalmente, que es falso, aun cuando lo veamos como verdadero, porque de alguna manera está hecho para que no podamos ver el verdadero texto. El ritornelo está construido para impedir que veamos lo verdadero. Siempre tomo el mismo ejemplo, el de la conocida ley del talión. Si les pregunto cuál es la ley del talión, seguramente me dirán “ojo por ojo, diente por diente”. Bien : es falso. La ley del talión nunca dijo eso. Cuando decimos “ojo por ojo, diente por diente”, se trata de un principio de severidad, mientras que la ley del talión es un principio de limitación. No dice “ojo por ojo, diente por diente”, sino exactamente, según el texto hebreo, “no más que un ojo por un ojo, no más que un diente por un diente”. Se trata de un ritornelo eso de “ojo por ojo, diente por diente”, que dice lo contrario de lo que debería decir : un ritornelo tiene, precisamente, esta función. En el psicoanálisis, el ritornelo es “el psicoanalista sólo se autoriza por él mismo y a partir de otros”, lo que es falso.
La fórmula es muy sutil y, siempre en 1973, es esta : “El psicoanalista, aun cuando sólo se autoriza por él mismo, tampoco puede hacerlo si no lo autorizan otros”. Como verán, esto no tiene nada que ver con “el psicoanalista sólo se autoriza por él mismo y a partir de otros”.
Claro está que si colocamos la conjunción “y” (“y a partir de otros”) se trata de una posición segunda. Los otros vienen luego. En cambio, si decimos “tampoco” (“tampoco puede…”), los “otros” ya no quedan en posición segunda. Estamos en presencia de lo que se llama una implicación recíproca. Esto quiere decir que las dos proposiciones de la fórmula están en equivalencia. Vemos así cómo ya no estamos más en el pase de 1967. Lacan descartó todo aquello que organizaba esa proposición.
Y entonces, ¿cómo re-inventar ? Intentaré dar una imagen. ¿Cómo dar cuenta de los tres registros, Real, Imaginario, Simbólico, y al mismo tiempo dar cuenta de ello ? Porque ahora se trata de ello. Puesto que ya no hay cadena significante, entonces no hay más primacía del simbólico. No hay más tiempo lógico dado que hay que dar cuenta del espacio y del tiempo. Pero a su vez, lo imaginario se relaciona exactamente al mismo nivel con los otros dos, R y S. Si dibujamos un nudo borromeo, cometeremos exactamente el mismo error que al repetir un ritornelo, porque ello no es más un nudo borromeo. Es sólo una escritura. Por lo tanto, no da cuenta de las tres consistencias al mismo tiempo. A partir de 1973, lo que Lacan sostiene es que la escritura no es ya el modelo más pertinente, por así decirlo. Se transformó en un ritornelo decir que la interpretación es una escritura. No puedo entender bien del todo el movimiento de modificación completa de la doctrina de Lacan que ha ocurrido en su momento. Absolutamente completa en lo concerniente al pase, porque este seminario de 1973, desde su primera frase, se refiere únicamente al pase. Un nudo borromeo activo, no escrito, no dibujado, es un diagrama. El diagrama del que habla Lacan a propósito de sus cuatro discursos es algo que permite captar al mismo tiempo las heterogeneidades que están en todos los registros al mismo tiempo. Y vemos bien que a partir de ello ya no hay más modelo, es decir, el diagrama porta la muerte del modelo. De ahora en más, nos encontramos en la metamodelización, es decir, en algo que está antes del modelo y que no puede en absoluto transformarse en modelo. Por lo tanto, se trata de algo que se inventa en cada ocasión, que se inventa para cada uno, que no sirve a nadie más. Eso es exactamente reinventar.
A partir de 1973, pues, si tenemos en mente que una misma palabra, un mismo nombre, comienza a decir otra cosa, como en Heráclito, que es una referencia absoluta en este momento de la obra de Lacan, vemos que lo que él propone a partir de entonces es una tercera proposición sobre el pase. Pero si queremos ser rigurosos, debemos decir que es la tercera proposición de 1967, ya que se trata siempre del pase reinventado en 1967. Debido a ello adelanté el término tercera proposición del pase de 1967. Si admiten conmigo que no hay más modelo, ya no podemos pensar el pase con el dispositivo habitual. Pero aun manteniéndolo, podemos inventar otro… Si podemos hacer que intervengan juntos el procedimiento del pase y el dispositivo del pase, que son dos cosas diferentes, aun cuando el pase no tenga nada que ver con el psicoanálisis, veremos dibujarse entonces una nueva figura, un diagrama. De golpe, se trata de un diagrama sin modelo. Por lo tanto, cada analista producido por el pase, cada psicoanalista, es una producción, de la misma manera que el inconciente es una producción… El psicoanalista está allí para producir el inconciente. El inconciente no está detrás de una cortina que haya que correr para verlo. El inconciente se produce.
Si tenemos en mente el diagrama, la producción del psicoanalista, pero sin modelo, podemos pensar en que haya una serie de psicoanalistas absolutamente diferentes de sus antecesores. No cuento con tiempo aquí para desplegar este punto tan difícil que Lacan trató junto a la cuestión del arte, en el sentido de que propone que el psicoanalista se relaciona con la producción psicoanalítica como si se tratara de una obra de arte. ¿Pero qué es una obra de arte ? Una obra de arte no significa nada en sí misma. Una obra es sólo el testimonio de una subjetividad. En este lugar nuevo, por lo tanto, cada nuevo analista hará de alguna manera una nueva subjetividad del psicoanalista. Esto está escrito en su totalidad en Lacan, yo no invento nada. En otros términos, lo que hay que captar con el pase es una mutación. Eso es re-inventar : una mutación ; por eso, propongo la siguiente definición de este pase diagramático : “El pase es una fragua de mutaciones de las subjetividades de los psicoanalistas”. Con ello, deberíamos repensar completamente lo que significa un testimonio.
 
[Traducción realizada por Darío Daniel Díaz en diálogo con Alberto Sladogna, quien se hace cargo de las consabidas traiciones de cada pasaje entre lenguas. Contamos con una lectura atenta de Christine Castro. A cada un@ un fuerte abrazo y un agradecer su paciencia y su labor de pasaje de lenguas.]